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Pascale : Une voix ensorcelante

Par Janine Ayoub
Pascale : Une voix ensorcelante

Dès les premières notes, sa voix est un sortilège de douceur et d’émotions, qui vous emporte dans un monde d’amour et de pureté. Une voix envoûtante dans un corps de sirène, des yeux qui pétillent de vie et un tempérament explosif, Pascale Ojeil est une enchanteresse qui sait susciter de déferlantes sensations. « Bercée par la voix des grands ténors de la chanson française, ma passion pour le chant s’est manifestée à un très jeune âge ». Pascale prend conscience de son talent lors d’un concours musical organisé par son collège qui la propulse vers le devant de la scène. Avec sa voix enveloppante et inégalable, elle enchaîne les performances musicales, et reprend la chanson de Petru Guelfucci « Corsica ». Entre ses inspirations et ses aspirations, Pascale Ojeil se livre sur son parcours, son amour pour la Corse et sa passion pour la musique. Une chose reste à dire : retenez sa voix, mais surtout son nom.

Quel est votre parcours musical?

C’est au Music Hall, le club dont la renommée a dépassé nos frontières, que j’ai fait mes débuts dans le monde de la musique. Parallèlement à cela, je poursuivais mes études universitaires en Finance, des études qui par la suite amorceront mon parcours professionnel et mèneront à une carrière dans le secteur bancaire. Suite à mon passage sur la scène du Music Hall, j’ai participé à de nombreux projets, tout en restant fidèle au registre qui m’est cher. Le monde de la musique commerciale n’a jamais correspondu à ce que je recherche ni à ce qui m’inspire. J’ai participé donc sur TV5 à une émission en hommage à Edith Piaf, une émission qui par la suite sera évoquée dans une édition spéciale du quotidien Le Monde. J’ai également chanté lors de la cérémonie d’ouverture de la Formule 1 à Abu Dhabi en 2010 et à celle de Monaco en 2014, où j’ai eu la chance d’être accompagnée par l’orchestre philarmonique monégasque pour la réception de Jean-Raymond Boulle (entrepreneur minier de nationalité mauricienne). Je fus aussi invitée à l’Hôtel de Paris à Monaco pour la clôture du Yacht Show.

Pourquoi avoir choisi la finance plutôt qu'une carrière en musique?

Au départ, le choix de la finance a été une décision plutôt rationnelle, ensuite une formation et aujourd’hui une passion. Je dois être passionnée par tout ce que j’entreprends. Je trouve qu’exceller dans un domaine ne peut être achevé qu’avec de la passion. J’ai constamment besoin d’être amoureuse de ce que je fais. De plus, il faut avoir une certaine flexibilité d’esprit pour savoir s’adapter aux circonstances imposées.

Parlez-nous de la chanson «Corsica».

C’est une reprise de la chanson polyphonique interprétée par le grand artiste Petru Guelfucci, qui est presque une sorte d’icône dans son pays natal. Après mon voyage en Corse, j’ai décidé de reprendre cette chanson, mais à ma manière, car pour moi, l’imitation fait perdre la crédibilité et l’authenticité de l’artiste. Je me suis donc tout de suite mise à la recherche de musiciens, mais aussi d’un coach pour m’aider dans la prononciation de la langue Corse. J’ai eu la chance de travailler avec le distributeur Joe Daou et l’ingénieur du son Xavier Escabasse au studio du célèbre Jean-Marie Riachi. C’est grâce à eux que j’ai pu réaliser ce rêve. Je leur en suis infiniment reconnaissante.

Pourquoi une chanson pour la Corse et en langue corse ?

Je suis amoureuse de la France et particulièrement du Sud. J’aime voyager et explorer des destinations très peu communes. Chaque année, j’allais découvrir des villages médiévaux aux alentours du Sud de la France. En 2013, j’ai décidé d’aller encore plus vers le sud et de découvrir la Corse à moto. La moto permet de visiter des recoins insolites et d’accéder aux criques et aux calanches lointaines. Pendant ce court séjour, j’ai constaté petit à petit à quel point cette île magnifique ressemblait au Liban, mais en une version moins chaotique, et j’ai ressenti une certaine mélancolie et une grande nostalgie. Mais, à aucun moment je ne me suis sentie dépaysée.

Il y a une grande similarité entre le Liban et la Corse, il s’agit bien de deux peuples méditerranéens. Historiquement la Corse était victime de sa position géographique comme de l'éclat de sa beauté, l'île a longtemps été contrainte malgré sa pugnacité, d'abandonner ses rivages aux envahisseurs, que la mer, inlassablement, ramène à elle avec ses vagues déterminées, la contraignant ainsi à se forger dans l'adversité un tempérament aussi solide que le granit dont elle est issue. Ressentant à quel point ce peuple était ancré dans sa terre, j’étais plus que touchée et bouleversée. Le Liban, perle de l’Orient et terre toute aussi séductrice, a subi à son tour le même sort que la Corse. Mais au lieu que les libanais ne s’unissent pour former une force aussi résistante que son cèdre, les voilà qu’à chaque nouvelle page de leur histoire, ils n’hésitent pas à se massacrer entre eux et à s’agresser davantage, déchiquetant chemin faisant, pays et patrimoine.

Selon de nouvelles théories linguistiques qui prennent en compte les données archéologiques, les habitants de la Corse ont toujours parlé la même langue, de génération en génération, depuis dix mille ans. C’est une langue qui malheureusement a été classée par l’UNESCO parmi les langues en voie de disparition. Etant passionnée de musique, je fus immédiatement intriguée par cette langue, car la musique corse est essentiellement polyphonique. En musique, la polyphonie est la combinaison de plusieurs mélodies ou de parties musicales chantées ou jouées simultanément. Les Corses véhiculent à travers le chant polyphonique des idées et des valeurs qui leur sont chères, ils y chantent leur désir de liberté et d'identité.

Oui, pour moi le peuple Corse peut nous servir d’exemple à suivre, vu qu’il a réussi à protéger la richesse insulaire que le Bon Dieu lui a offerte. Il défend inlassablement son identité et sa terre; c’est avant tout un peuple uni. Quant à moi, lorsque j’ai chanté la Corse, j’ai chanté à travers elle le Liban, mon Liban, mais dans une version un peu plus « civilisée».

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout ce qui est beau, tout ce qui me touche. Je suis une personne très émotive.

Votre voix est assez sensible et mélancolique, est-elle à votre image?

Je suis passionnée et donc évidemment sensible et mélomane, ce qui me rend mélancolique.

A quand un premier album?

Je n’envisage pas d’enregistrer un album. Mon but est de vivre ma passion et non pas d’être connue. Chanter, c’est un tremplin vers l’évasion et vers mon propre monde. Je n’ai pas envie de transformer cet espace, qui m’appartient et qui me procure une grande liberté, en une carrière.

Qui sont vos chanteurs préférés ?

Il y en a plusieurs, mais dans la chanson française, je dirais Maurane, Charles Aznavour et Jacques Brel

Quel est l’artiste avec lequel vous rêvez de faire un duo?

Charles Aznavour. Mais, à ce que j’ai compris, il n’accepte jamais de faire des duos avec des artistes qu’il ne connaît pas. J’aimerais aussi être accompagnée par deux jeunes talents que j’aime beaucoup ‘’2Cellos’’, qui réinterprètent des chansons à leur façon.

Si vous pouviez choisir, où donneriez-vous un concert ?

Si c’est au Liban, j’aimerais beaucoup chanter dans les ruines de Tyr. J’aimerais beaucoup me produire aussi devant un public japonais, je trouve que c’est un public qui apprécie énormément la chanson française. Et finalement en Italie, dans un des villages de Cinque Terre.

Quels sont vos projets musicaux à l'avenir?

J’envisage de faire un projet de jumelage entre la Corse et le Liban, j’aimerais bien concrétiser cet amour par quelque chose de palpable. J’aimerais aussi avoir ma propre chanson en langue française.

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